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HENRI VERNES
BOB MORANE
OPÉRATION ATLANTIDE
MARABOUT
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Chapitre I
Le petit cotre louvoyait lentement à travers l’étendue bleue
de la mer des Caraïbes, en direction du sud. À sa gauche, très
près, d’un bout de l’horizon à l’autre, les îles Caicos, archipel au
sud-est des Bahamas, défilaient, gros paquets de verdure posés
sur l’étendue miroitante des flots.
Assis à l’arrière, l’homme à demi nu qui tenait la barre d’une
main molle, étudiait avec attention les rivages, comme
cherchant une terre où aborder. me un canaque, les
muscles souples et bien marqués sous la peau, le visage à la fois
ouvert et tendu, avec des yeux plissés de scruteur d’infini, il
faisait songer à ces navigateurs antiques partis seuls, sur des
coquilles de noix, à la recherche de terres inconnues. Seuls, ses
cheveux bruns et drus, coupés en brosse, conféraient un peu de
modernisme à sa silhouette.
Tout près, une île se détachait à présent, frangée de cocotiers
avec, à son centre, la classique montagne en forme de pain de
sucre. En vain, l’homme aux cheveux en brosse inspecta le
rivage et les flancs, couverts de végétation, du piton ; il n’y
découvrit aucune trace d’habitation. Il sourit et dit à haute voix,
se parlant à lui-même selon la vieille habitude des solitaires :
— Mon vieux Bob, voilà peut-être ce que tu cherches. Une île
déserte où jouer les Robinson pendant un mois ou deux…
Ce n’était pas la première fois que Bob Morane visitait les
Antilles. Pourtant, de ses voyages précédents, il avait gardé la
nostalgie des petites îles entrevues au passage et auxquelles nul
bateau de ligne régulière n’abordait jamais, sur lesquelles aucun
avion ne se posait. Cette fois, à Nassau, il avait acheté, pour
quelques dizaines de livres, ce petit cotre dont le propriétaire
s’était lassé, et il était descendu vers les îles Caicos pour y
trouver un peu de solitude sous les palmes